La Jacinthe d'eau

D. MICHEL

 

Le lac Victoria, deuxième grand lac d'eau douce au monde situé au cœur de l'Afrique, est pollué, selon les recherches menées par deux scientifiques de l'université de Dar es Salaam. Le manque d'installations de collecte et de traitement des eaux usées est la principale cause de cette pollution, qui touche aussi les rives kenyanes et ougandaises estime le rapport. Le lac est également envahi par des hyacinthes d'eau, plante vivace dont la prolifération menace l'équilibre de la faune et de la flore des eaux.

 

 

Un épais tapis vert sombre s'agite lentement, berce par les mouvements du lac. Des milliers de rosettes des feuilles épaisses, surgissent des hampes de fleurs bleu lavande translucides. Les jacinthes d'eau (Eichhornia crassipes) poussent tellement dru que la surface de l'eau a disparu.

Originaire d'Amérique du Sud, cette plante a été introduite soit accidentellement, soit volontairement pour sa beauté, et s'est parfaitement adaptée aux régions tropicales ou elle prolifère partout. Elle est signalée pour la première fois en Afrique dans le delta du Nil et en Afrique du Sud, au Natal, puis en Rhodésie du Sud (l'actuel Zimbabwe) en 1937. A partir des années 50, elle colonise l'Afrique de l'Est et de l'Ouest, sautant de lac en fleuve, de barrage en marais, d'étang en canal d'irrigation.

Cette belle étrangère est une tueuse. Elle vole l'oxygène de l'eau aux plantes indigènes, aux poissons et aux amphibiens et les asphyxie. Elle nuit aux transports fluviaux, donc au commerce et au tourisme, mais surtout aux pêcheurs en se prenant dans leurs hélices et en déchirant leurs filets sous son poids. Elle menace la production d'hydroélectricité en infestant les canaux qui alimentent les barrages.

L'agriculture est également victime de sa prolifération, car elle bouche les canaux d'irrigation. De plus, elle accélère les pertes en eau par évapotranspiration, a cause de la surface de ses feuilles et de leurs innombrables stomates (pores des feuilles).

 

Curieusement, alors qu'elle est couramment utilisée, sous les tropiques, pour dépolluer l'eau en absorbant l'excès de nitrates, de soufre, d'arsenic, de cadmium ou de mercure qui s'y trouve, elle menace indirectement la santé des populations. Elle héberge, en effet, des organismes aquatiques vecteurs de maladies telles que le paludisme, la bilharziose ou le choléra.

 

L'éradication de la jacinthe d'eau est devenue prioritaire dans les programmes de recherche des gouvernements africains, soutenus notamment par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, la Banque mondiale, la FAO ou le Programme des Nations Unies pour l'environnement. Différentes méthodes de lutte ont été expérimentées

Les herbicides de synthèse, comme le 2,4-D, sont peu actifs et présentent l'inconvénient de libérer de la Dioxine et d'autres produits chimiques toxiques pour les poissons et le biotope. De plus, on ignore les effets a long terme de ce procédé très coûteux. Au Malawi, une telle expérience s'est soldée par la réapparition des jacinthes au bout de six mois. Il faut savoir que leurs graines conservent jusqu'à 15 ans leur pouvoir de germination!

 

La lutte biologique a fait l'objet de plusieurs expérimentations: en 1997, la FAO a importe au Niger deux espèces de charançons: Neochetina eichorniae et N. bruchi preleves au Ghana et au Zimbabwe, qui poursuivaient encore leur activité début 98. Pour lutter contre l'envahissement du lac Victoria, la Banque mondiale a finance l'importation d'Australie d'un insecte prédateur, espérant qu'ils pondraient leurs œufs sur les feuilles et que les larves s'en nourriraient. Toutefois, les déchets végétaux qui vont inévitablement tomber au fond du lac vont se décomposer en consommant une quantité d'oxygène aux dépens des autres éléments de l'écosystème et en libérant des éléments nutritifs favorables a la croissance des jacinthes. Par ailleurs, il est impossible de préjuger du devenir d'un insecte exotique dans un nouveau milieu ou il aura pu apporter des bactéries ou des champignons microscopiques indésirables dont les effets pourront ne se manifester que des dizaines d'années plus tard.

 

La récolte manuelle est pratiquée au Zimbabwe. Les femmes se rendent chaque jour dans les lacs et les rivières et ramassent a la main les jacinthes qui sont ensuite emportées par camion dans des décharges. La tache est très pénible pour les femmes qui passent des heures dans l'eau jusqu'à la taille pour une poignée de dollars. En Zambie, l'armée a été appelée a la rescousse et a mis en œuvre du matériel militaire. Mais il suffit d'un fragment de racine pour que la plante repousse et, en une a deux semaines, les jacinthes sont revenues.

 

 

Mais pour ma part, le jacinthe d'eau est une conséquence des activités de l'homme : On peut en effet partir du principe que le problème n'est pas la jacinthe d'eau, mais nous, les hommes. La jacinthe prospère principalement sur les plans d'eau autour desquels l'homme a encourage le surpâturage, l'érosion des sols, l'utilisation excessive d'engrais chimiques et la déforestation. Se débarrasser de la jacinthe d'eau suppose d'empêcher que les effluents d'élevage ne gagnent les plans d'eau et de combattre l'érosion.

 


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